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Blog d'informations sur le noble art en France et dans le reste du monde .

22 Jun

La boxe, un outil face à la radicalisation?

Publié par Benoît Sainte Marie

La boxe permettrait de se débarrasser de sa rage et de certaines frustrations, dans un cadre sécurisé et respectueux.

La boxe permettrait de se débarrasser de sa rage et de certaines frustrations, dans un cadre sécurisé et respectueux.

Peut-on éviter, grâce à la boxe, que certains jeunes ne se radicalisent? Une association autrichienne, "Not in God's name, Fight Against Radicalism", en est convaincue. A tel point que ses représentant parcourent l'Europe ces derniers jours pour partager leur expérience et suggérer de l'étendre ailleurs qu'à Vienne: mardi, ils étaient à Molenbeek. Dans leur club de kick-boxing viennois, ils estiment avoir évité des départs pour la Syrie.

L'expérience autrichienne: donner des modèles de combattants "positifs"

A Vienne, dans les quartiers de migration, les enfants s'identifient moins facilement à des footballeurs qu'à d'autres modèles, des kick-boxeurs par exemple. Et les salles de sports de combat sont pleines. Alors, propose le fondateur de l'association autrichienne, fondons un réseau international de boxeurs et utilisons davantage ce sport de combat comme outil de bonne influence.

"La boxe permet de se débarrasser d'une certaine rage et de frustrations dans un cadre sécurisé, tout en développant le respect pour son adversaire", explique Alexandre Karakas. Les jeunes de ces quartiers de migration sont entre deux chaises. Ils ne savent pas s'ils sont Belges ou Marocains ou encore Turcs",ajoute-t-il, lui-même de mère autrichienne et de père turc. "Nous essayons que nos boxeurs musulmans les guident dans un sens positif en les initiant au kick-boxing dès l'enfance, avant que la propagande de Daesh ne les capte."

Et le boxeur et entraineur du club Karim Mabrouk abonde dans le même sens: "Les jeunes jouent souvent aux sports de combat en rue, ils aiment ça, et s'identifier aussi à des boxeurs... On est un peu des modèles pour eux. C'est pour ça qu'on est bien placé pour leur parler."

L'association viénnoise, elle, pousse loin cette idée de créer des modèles pour les jeunes, sortes de "héros du ring" comme contrepoids aux guerriers de Daesh. Le club investit d'ailleurs les réseaux sociaux de photos et de nouvelles de ses boxeurs. "Et cela fonctionne!", dit le coach. Tout comme l'habitude d'entraîner ensemble juifs et musulmans.

La boxe, un outil parmi d'autres à Bruxelles

A Molenbeek, deux boxeurs/entraineurs bruxellois et plusieurs travailleurs sociaux s'étaient déplacés pour entendre le témoignage de cette expérience autrichienne. Mais à la sortie, l'enthousiasme était mesuré, les réactions polies mais critiques. Oui, la boxe est un outil utile, disent-ils de concert, mais tout de même limité face à la radicalisation...

"Le sport comme approche des jeunes et comme vecteur d'évacuation des frustrations reste toujours très efficace, approuve Kab Tshilombo (ex-boxeur et éducateur, aujourd'hui coach). Mais aujourd'hui, le sport va trouver des limites parce que le problème n'est plus simplement ce qu'on connait depuis longtemps (comme le décrochage scolaire, la délinquance ou la violence). Maintenant, c'est un problème beaucoup plus étendu et profond, qui n'est pas limité à un microcosme ou à une ville. On parle maintenant de choses beaucoup plus difficiles, touchant au psychologique, au spirituel... Donc je crois qu'il nous faut des relais."

Et ce coach, entraineur à Schaerbeek, explique qu'il n'est pas rare que des jeunes quittent la salle, ne donnent plus jamais de nouvelles et se retrouvent dans un processus de radicalisation sur lequel l'équipe du club de boxe n'a aucune prise. A ce stade-là, poursuit-il, il faut des personnes mieux formées, des psychologues ou des travailleurs sociaux spécialisés pour rattraper le jeune endoctriné, si c'est encore possible.

Comme entraineur, il a déjà vu, impuissant, son sport-passion devenir une arme: tout ce qu'il a inculqué comme atouts face à la vie devenant des avantages pour le groupe terroriste Etat Islamique. La boxe, dans ce cas-là, n'est pas un obstacle pour les recruteurs de Daesh, mais - tout le contraire - une opportunité. L'entraineur vit ces retournements de situation comme un échec.

"C'est vrai que ceux qui veulent former une armée quelle qu'elle soit, ils vont évidemment chercher des gens qui sont appliqués, disciplinés, physiquement fits, qui sont de "bons guerriers" avec une maîtrise de leurs émotions. Eh ben voilà, dans un sport de combat, c'est malheureusement facile à trouver."

Renforçons ces clubs, concluent donc les boxeurs bruxellois présents, mais aussi les relais d'experts. Ces relais pouvant être un complément aussi aux nombreuses autres initiatives sportives et culturelles qui fleurissent depuis les attentats, en particulier à Molenbeek.

AUTEUR : Myriam Baele

SOURCE: http://www.rtbf.be/


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