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Blog d'informations sur le noble art en France et dans le reste du monde .

24 Jul

JO 2016: à l'entraînement avec le boxeur Sofiane Oumiha, l'as de l'esquive

Publié par Benoît Sainte Marie

Afin de peaufiner son style, Sofiane Oumiha a effectué un stage à Cuba, la Mecque de la boxe amateur.B.Desprez/L'Express

Afin de peaufiner son style, Sofiane Oumiha a effectué un stage à Cuba, la Mecque de la boxe amateur.B.Desprez/L'Express

A l'approche des Jeux olympiques de Rio, L'Express a envoyé ses reporters se frotter à des champions français. Cette semaine, le boxeur poids léger Sofiane Oumiha.

Les frappes d'Oumiha claquent comme des coups de fouet sur les pattes d'ours de son entraîneur cubain, Mariano Gonzalez. A un mois et demi des Jeux olympiques, le boxeur peaufine son style lors de telles leçons d'une vingtaine de minutes. Il m'a donné rendez-vous pour croiser les gants sur l'un des rings de l'Institut national du sport, de l'expertise et de la performance (Insep), pépinière d'athlètes au coeur du bois de Vincennes, au sud-est de paris.

La boxe oppose depuis toujours les "cogneurs" aux "techniciens". Les premiers se refusent à passer la marche arrière. Ils cherchent à coincer l'adversaire, à réduire la distance, quitte à devoir encaisser un grand nombre de coups pour atteindre leur cible, tout en puissance. Les seconds déploient leur art dans un registre d'esquives, de feintes et de gestes longs. Tel était Cassius Clay avant de devenir Mohamed Ali.

Sofiane Oumiha, engagé en moins de 60 kilos, figure en artiste parmi les techniciens. Son style s'épanouit dans l'évitement et la rapidité d'exécution. "Tout le monde regarde quand Sofiane boxe et se dit 'Waouh !'. Il possède un profil de virtuose, élégant sur les jambes, très mobile, rapide des bras, détaille John Dovi, entraîneur national. Lorsqu'il a décroché sa qualification aux JO de Rio, il n'a presque pas pris de coups." Me voilà donc face à un as de la dentelle pugilistique.

Mon niveau ridicule


Trois années de boxe anglaise m'ont récemment permis d'atteindre un niveau que j'exclus de qualifier autrement que de ridicule. Après un échauffement en "shadow", ces gestes répétés dans le vide contre un adversaire imaginaire, je rejoins Sofiane sur le ring et lui rappelle ma maîtrise rudimentaire du "snoble arts". Quelques mots rassurants m'ôtent la crainte d'une rhinoplastie.

Le traditionnel "check" des gants lance la démonstration. Mes coups vibrent, mais dans le vide. Ceux du danseur d'en face font mouche, avec une retenue à la limite, pour moi, de l'humiliation. Les mains le long du corps, il esquive tout en légèreté mes tentatives de l'atteindre. Il me gratifie même d'un "Ali shuffles", ces petits pas en ciseaux ultrarapides dont Mohamed Ali s'était fait une spécialité. Je ne m'en formalise pas. et ses adversaires habituels? "Ça peut être interprété comme une provocation, mais c'est mon style de boxe, assume Sofiane Oumiha. Les mains en bas, ça me permet d'être décontracté et me donne une meilleure vitesse de réaction." Je confirme.

Le garçon de 21 ans n'a rien d'une boule de nerfs à la Mike Tyson. "A l'extérieur, il donne l'impression d'être lymphatique, les autres boxeurs de l'Insep l'ont surnommé 'Gelatino', s'amuse John Dovi. Derrière sa nonchalance, il est très observateur. Sur le ring, il n'est plus le même, il virevolte. Et il est très apprécié, notamment parce qu'il n'a pas changé malgré ses très bons résultats." Dont sa médaille d'or aux Jeux européens de Bakou, en 2015.

Sa quasi-invincibilité nationale

Son rêve olympique a germé plus tôt, lors des Jeux de Londres, en 2012. Il avait tout gagné en boxe junior, mais hésitait avec le rugby. "On avait fait la préparation avec l'équipe de France. Je me suis dit: 'Ce sera toi là-bas en 2016'", confie-t-il. Il faut pour cela rejoindre l'Insep, la suite logique de sa quasi-invincibilité nationale. Sauf que le bois de Vincennes se situe loin du cocon familial toulousain, auquel il est très attaché. En échange d'un investissement scrupuleux, il obtient de quitter l'Insep plus souvent qu'à l'ordinaire. "C'est un garçon très sensible, qu'il faut écouter pour gagner sa confiance, a constaté John Dovi. Il a respecté le contrat en se donnant à fond et finalement a trouvé son équilibre."

Cela fait presque deux ans que le boxeur possède une chambre à l'Insep. S'ils se sont espacés, surtout lors des derniers mois de préparation olympique, les retours au bercail restent fréquents. Le poids léger conserve une licence au Boxing Toulouse Bagatelle. Il y a mis ses premiers gants à 7 ans, à la suite de son cousin Mehdi, qui y est maintenant entraîneur. Sofiane n'oublie jamais d'y passer lorsqu'il descend de Paris. "J'aime bien y encadrer les 9-10 ans quand je peux, et je finirai ma vie à toulouse", confie-t-il.

En attendant, il faut continuer les voyages. Et pas seulement pour briller en tournois. Avant notre rencontre, il a effectué un stage à Cuba, la Mecque de la boxe amateur. Il y a aperçu le double champion du monde poids léger, Lazaro Alvarez, qu'il n'a encore jamais affronté. Les deux pourraient se recroiser à Rio pour le titre olympique. John Dovi croit aux chances de son poulain: "Sofiane est l'un des boxeurs français les plus réguliers, avec des médailles d'or dans beaucoup de tournois. Il a les armes contre les meilleurs de sa catégorie, qu'il a presque tous battus." Le champion d'Europe gallois Joseph Cordina, surclassé en avril, peut en témoigner.

Au Brésil, il pourrait également rencontrer des professionnels, la Fédération internationale de boxe leur ayant ouvert pour la première fois les qualifications olympiques. La pépite française ne se sent pas inférieure. Et pas uniquement parce que ses entraînements n'ont rien à envier à ceux des pros. "Ils doivent passer de douze rounds de trois minutes à trois rounds de trois minutes, il n'y aura pas de round d'observation, ce ne sera pas évident pour eux", prévoit-il.

Retour sur le ring de l'Insep. Comme prévu, je n'en mène pas large. Sur le second round, après une courte pause, je décide de me montrer un poil plus explosif. Le bilan est maigre au regard des coups reçus: deux petites touches corps et face, imputables à la bien innocente baisse de vigilance du champion face à un adversaire si loin de son niveau. "Beau 'jab', la garde c'est pas encore ça, il y a un petit vécu de boxe", m'indique Sofiane Oumiha à la fin de la leçon. L'opposition qui l'attend à rio sera autrement plus expérimentée.

AUTEUR: Par Clément Daniez,

SOURCE: http://www.lexpress.fr/

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