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10 Jul

Sergey Kovalev : Retour sur les lieux d'une tragédie

Publié par Benoît Sainte Marie

  Sergey Kovalev : Retour sur les lieux d'une tragédie

Le combat que Sergey Kovalev disputera lundi à Iekaterinbourg en Russie contre Isaac Chilemba marquera son retour dans le pays qui l’a vu naître après un peu moins de cinq ans d’absence.

Ce duel, qui ne devrait être qu’une mise en bouche avant sa rencontre au sommet prévue avec Andre Ward en novembre prochain à Las Vegas, le replongera cependant dans de douloureux et malheureux souvenirs qui sont survenus exactement au même endroit le 5 décembre 2011.

Fort d’un dossier de 16-0-1, Kovalev s’était fait offrir un combat contre Roman Simakov, qui était classé parmi les 10 premiers aspirants au titre des poids mi-lourds du WBC à ce moment-là. Il représentait un tournant dans l’ascension de Kovalev, toujours sans promoteur à cette époque.

Après avoir encaissé les puissantes frappes de Kovalev pendant plus de 6 rounds, Simakov s’est écroulé, s’est relevé, est sorti du ring sur un brancard de fortune et est tombé dans un coma dont il ne s’est jamais réveillé. Simakov a rendu l’âme 3 jours plus à l’âge de seulement 27 ans.

« C’était peut-être au troisième round et je rappelle seulement d’avoir pensé : "Roman, pourquoi as-tu besoin de ça? Arrête le combat", a révélé Kovalev dans le documentaire Life after death: The toughest fight for Sergey Kovalev du journaliste de Yahoo! Sports Chris Mannix.

« Je savais à quel point je le frappais fort. Je le sentais dans mes poings. Je sentais la douleur. »

Tous ceux qui ont assisté de près au duel se demandent encore aujourd’hui pourquoi l’arbitre Viktor Panin a laissé Simakov encaisser autant de coups et n’a pas arrêté le carnage plus tôt.

« Sergey est arrivé dans le coin et il m’a dit que (tous les coups) qu’il lançait touchaient la cible, s’est remémoré son gérant Egis Klimas. Il se demandait combien de coups (son adversaire) allait pouvoir prendre encore. Est-ce que quelqu’un allait finir par arrêter tout ça? »

« Dès le départ, Sergey était capable de le frapper comme il le voulait et Simakov prenait tous les coups. Il se faisait frapper avec des coups très solides, a ajouté son entraîneur du temps Abel Sanchez. Je suis convaincu que (Simakov) le sentait, mais c’était un véritable guerrier.

« Entre le cinquième et le sixième round, j’ai dit à Sergey d’arrêter de le frapper à la tête et de plutôt lui donne des coups au corps, que c’était assez. Malheureusement pour nous et pour (Simakov), il est arrivé au sixième round et a essayé d’arracher la tête de Sergey, qui n’avait alors plus le choix : il devait répliquer ou se faire frapper. J’ai ensuite dit à l’arbitre d’arrêter le combat : c’en était rendu au point où le gars n’avait plus aucune chance de l’emporter. »

Dès le moment de la fin du duel à 47 secondes du 7e round, il est évident que quelque chose ne tourne pas rond. Simakov peine à se tenir debout, alors qu’il retient les câbles. Il est ensuite évacué sur une civière. « Son visage était déjà devenu bleu », se souvient nettement Klimas.

« Ç’a été un choc pour tout le monde. Sergey était en détresse et n’a pas réussi à dormir le soir. Il regardait le combat encore et encore, a relaté sa femme Natalia. Nous sommes allés à l’église et nous avons allumé un lampion pour (Simakov). Nous priions pour qu’il s’en remette. »

Kovalev acceptera évidemment très difficilement la nouvelle de la mort de son compatriote. « C’est (censé être) du sport, ce n’est pas la guerre, a-t-il expliqué. J’étais perdu. » Il passera ensuite plusieurs mois à s’interroger sur son avenir avant de se rendre rapidement à l’évidence.

« Je boxais depuis l’âge de 11 ans et je n’avais qu’un petit appartement, a continué le champion unifié WBA, IBF et WBO des mi-lourds. Je devais continuer à boxer pour lui et pour moi. »

« Sergey avait des obligations envers sa famille. Il est le seul pourvoyeur de la famille, a justifié sa femme Natalia. Ce n’est un vendeur ou un homme d’affaires, c’est un boxeur. »

Six mois après le combat contre Simakov, Kovalev est remonté dans le ring pour y affronter Darnell Boone, un vétéran qu’il avait difficilement vaincu par décision partagée un an et demi plus tôt. Cette fois, la victoire est sans équivoque et il deviendra même champion un an après.

« Je suis prêt à faire face à n’importe quelle situation, a analysé Kovalev. La vie nous présente des problèmes et c’est à nous de les régler. »

« Après ce combat (contre Simakov), mon rapport à la boxe a complètement changé, a avoué sa femme Natalia. Pour moi, c’est devenu plus qu’un sport. C’est très sérieux, alors quand mon mari s’apprête à se battre, je me soucie davantage des conséquences que de ses victoires. »

« Ça me surprend qu’il en parle, car c’est une douleur qui ne disparaîtra jamais, s’est étonné Sanchez. Ce n’est pas que la douleur de la mort de Roman qui est ramenée, c’est aussi le fait d’avoir été pointé du doigt et de ne pas avoir pu célébrer cette victoire comme il se le devait. »

SOURCE: RDS.CA

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