C'est l'été/Jeux olympiques : Jérôme Thomas pour le meilleur et pour le pire

Publié le par Benoît Sainte Marie

	 C'est l'été/Jeux olympiques : Jérôme Thomas pour le meilleur et pour le pire

Jérôme Thomas, boxeur saint-quentinois, a marqué le monde pugilistique, devenant le premier boxeur français à décrocher deux médailles olympiques, avant une troisième olympiade qui aurait dû le couvrir d’or.

Boxeur amateur le plus titré de l’histoire, Jérôme Thomas est incontestablement un sportif pas comme les autres. Non pas parce qu’il est né avec le syndrome de Poland, mais par le personnage public qu’il est devenu, « entier » comme il aime se définir, même s’il confie régulièrement que ce trait de caractère l’a desservi une fois sa carrière terminée.

Mais quelle carrière ! Dans le sillage de Cyril, son frère aîné, plusieurs fois champion de France et d’Europe chez les pros, Jérôme Thomas a débuté la boxe à l’âge de 8 ans. Avec une silhouette frêle, un bras plus court que l’autre, un pectoral dénué de muscle, le Saint-Quentinois, opéré sept fois, se forge un caractère de gagneur. Et rapidement, les résultats suivent. Champion de France cadet à 14 ans, l’actuel éducateur sportif à la ville de Saint-Quentin intègre l’équipe de France et il surprend, décrochant notamment le titre de vice-champion du monde junior en 1997.

Puis l’aventure olympique se présente à lui, en 2000 à Sydney (Australie). Avec Brahim Asloum, le Picard va écrire une des plus belles pages de la boxe amateur française. Les deux garçons se hissent effectivement au stade des demi-finales dans leur catégorie respective. Mais Jérôme Thomas, à ce stade, tombe sur un os, le Kazakh Bulat Jumadilov, vice-champion olympique en exercice, plus expérimenté, et défini comme meilleur boxeur des poids mouches depuis 1995.

Premier Français champion du monde amateur

Pas de regrets à avoir selon lui, mais l’Axonais est fou de rage à l’issue du combat, pensant avoir renversé la tendance dans le dernier round. Le temps de laisser retomber la pression, Jérôme Thomas rentre en France avec une belle médaille de bronze. Asloum, lui, est en or.

Mais la carrière du membre de l’équipe de France est lancée. Dans la foulée, JT décroche le titre de champion du monde à Belfast (Irlande du Nord, 2001), une première pour la boxe française. Médaillé de bronze un an plus tard lors des championnats d’Europe en Russie (Perm), Jérôme Thomas perd son titre mondial en 2003, à Bangkok (Thaïlande), où il ramène tout de même l’argent, battu par le local Somjit Jongjohor : « Je savais que cette rencontre n’allait pas être facile pour moi. Avant même de monter sur le ring, j’étais conscient que j’avais peu de chance de gagner. »

« Promis, j’enlève mon maillot »

Son attention est mobilisée par les Jeux de 2004, avec un seul objectif : l’or. Qualifié pour la finale, à Athènes (Grèce), Jérôme Thomas y croit dur comme fer, toute son histoire doit lui permettre de rentrer en France, à Paris, puis à Saint-Quentin, médaille d’or au cou.

Dans son autobiographie, Victoire aux poings, sortie en 2004 (Philippe Rey), le second de cette fratrie qui fera date dans l’histoire du noble art raconte les instants qui précèdent sa montée sur le ring : « Si je gagne, qu’est-ce que je fais ? Promis, j’enlève mon maillot, je fais des pirouettes, je fais mon cirque. Cette finale à Athènes, c’est exceptionnel, c’est beau, ce sont mes jeux, c’est ma fête. Ça s’agite devant la porte du box. Va falloir y aller. J’ai peur. Faut d’abord passer le rideau, tracer, enjamber les cordes, monter sur le ring, gagner mon coin, rejoindre l’arbitre qui va contrôler mes gants, vérifier mon protège-dents puis taper dans mes mains. Les cris, les applaudissements, les huées, je ne les entends pas. Je ne vois rien, je ne pense à rien. Au coup de gong, je me tasse en moi-même, mon corps devient une mécanique invincible. J’y vais. »

Du Jérôme Thomas dans le texte, inquiet et fort à la fois, peureux mais volontaire au possible. Le garçon est au summum de sa carrière, assuré déjà d’être le premier boxeur français à monter sur un podium olympique à deux reprises. Mais le Cubain Yuriorkis Gamboa est plus fort, Thomas s’incline (23-38). La déception est grande. « J’ai pris des coups bêtement. J’ai été pris par l’enjeu et au 2e round j’ai fait une petite erreur. Je suis déçu… déçu et amer », commentait-il alors au micro d’Arnaud Romera, journaliste sportif qui l’a reçu par la suite, en 2008, sur le plateau de Stade 2 pour un moment rare à la télévision et émouvant, Jérôme Thomas se mettant torse nu pour montrer en direct son handicap.

Pas prêt en 2008

Il faut dire que le Picard venait de vivre une troisième olympiade, en Chine (Pékin 2008). Mais alors qu’il disait vouloir, cette fois, décrocher l’or, « Ciccio », contrairement aux deux précédents Jeux, n’était pas prêt. Surpoids, vie décousue, ennuis avec la justice, le fidèle de Téofilio Stevenson, triple champion olympique cubain, n’a fait qu’un petit tour, éliminé par le Dominicain Juan Carlos Payano (6-10), qu’il avait pourtant sorti des 8es de finale quatre ans auparavant. « Je pensais que la détermination et l’envie pouvaient compenser », s’excusait le porte-drapeau de la boxe amateur française, poussé vers un monde professionnel qu’il avait jusqu’alors esquivé avec succès.

14 combats (12 v, 1n, 1d), un titre de champion de France en 2011, mais des blessures, des sifflets chez lui, à Saint-Quentin. À 33 ans, Jérôme Thomas raccroche. Et flingue le monde professionnel, toujours sur le plateau de France 2 : « La boxe m’a fatigué, je suis usé, désabusé, je méritais un peu plus de reconnaissance. Le monde de la boxe aujourd’hui, c’est de la prostitution, autour du ring, c’est des proxénètes, et nous, on est des catins qui boxent pour quelques euros. »

AUTEUR: Par Xavier SWARTVAGHER

SOURCE: http://www.aisnenouvelle.fr/