JO 2016: La boxe est-elle encore corrompue? «Tout le monde travaille dans le même sens pour en redorer l’image»

Publié le par Benoît Sainte Marie

INTERVIEW Le Directeur technique national Kévinn Rabaud veut croire à une boxe propre…

INTERVIEW Le Directeur technique national Kévinn Rabaud veut croire à une boxe propre…

De notre envoyé spécial à Rio,

Les larmes d’Alexis Vastine, la colère de Nordine Oubaali, l’Azéri vainqueur après avoir été six fois à terre… Dire que l’on a parlé de la boxe à JO Londres pour la beauté des crochets du droit serait un joli mensonge. Dans une caricature de lui-même, le sport olympique le plus corrompu s’était ridiculisé devant le monde entier avec des décisions arbitrages grotesques. Quatre ans plus tard, et alors que les Français Hassan Amzile (64kg) et Souleymane Cissokho (69kg) font leur entrée dans le tournoi jeudi, tout le monde veut croire que la boxe a changé. « Tout le monde travaille dans le même sens pour redorer l’image de ce sport », explique le DTN Kévinn Rabaud.

Est-ce qu’aujourd’hui encore, des défaites comme celles de Vastine ou Oubaali à Londres sont possibles ?

La première chose pour cette équipe, c’est de parvenir à être à son plus haut niveau de performance de manière à dominer très largement ses combats. C’est la garantie d’un résultat juste. Ensuite il y a une nouvelle gouvernance de l’AIBA (la fédération internationale de boxe). Elle a beaucoup travaillé sur différents points, notamment l’introduction des professionnels aux Jeux, mais aussi sur les modes de jugements des matchs. Ils sont bien arrêtés et ça fait plusieurs compétitions sur lesquelles ils sont utilisés. On n’aura donc pas de surprise.

Les règles ont changé ?

Les règles sont les mêmes, ce sont les modes de jugements qui ont changé. Pour cette compétition et depuis deux ou trois ans, on utilise le « Ten-point must system ». Cinq juges doivent s’exprimer à la fin de chaque round et donnent 10 point au vainqueur, 9, 8 ou 7 en fonction de l’écart entre les deux boxeurs au perdant. L’addition des trois rounds donne un résultat final pour chaque juge. Ensuite deux juges tirés au hasard sont oubliés et l’on ne garde que le résultat de trois. Le résultat est donc unanime (3-0) ou partagé (2-1).

Ça marche mieux ?

A Londres, c’était un système intermédiaire qui venait d’être mis en place depuis un petit mois. Ce qui fait que je pense qu’à ce moment-là les arbitres étaient mal préparés et avaient du mal à s’exprimer. Aujourd’hui, il y a une plus grande efficacité. C’est un jugement humain donc il peut toujours y avoir des erreurs. On est dans un sport jugé, il y a une part de subjectivité intégrée. Mais il y a un gros travail qui a été fait. Tout le monde sait que la boxe sera très regardée, scrutée lors de ses jeux. Il est sûr que cette nouvelle gouvernance fera en sorte de rendre les jeux plus propres.

« Je peux dire aujourd’hui que j’ai confiance. J’espère que je la place au bon endroit. »

Vous évoquiez tout à l’heure de la nécessité de « dominer très largement ses combats. Ce n’est pas vraiment rassurant. Un combat serré est un combat serré…

Auquel cas ça peut tomber d’un côté comme de l’autre. Il faut l’intégrer. Il y a trois rounds à gagner à chaque match pour nos athlètes. Il y a ce qu’ils font sur le ring, ce qu’ils maîtrisent, et il y a la décision des juges, qu’ils ne maîtrisent pas. Faisons en sorte que tout ce qu’ils maîtrisent soit parfaitement conduit et ensuite on attend la décision avec confiance.

Vous avez briefé vos athlètes sur ce rapport à l’arbitrage après les réactions de Vastine et Oubaali en 2012 ?

Non. Car c’est une dimension que l’on n’intègre pas. On est là pour faire de la performance. Ils vont produire de la performance. Ils sont tous capables d’aller chercher une médaille et ils doivent accepter le résultat. Maintenant, ce sont des êtres humains… Il faut quelques fois un peu de recul pour vraiment analyser un combat. C’est mieux d’éviter toute réaction à chaud.

Vous voulez dire qu’aujourd’hui, vous n’analyseriez pas de la même manière les combats perdus à Londres ?

Je ne m’exprimerai pas sur ce qu’il s’est passé il y a 4 ans. Il y a une nouvelle gouvernance qui a été faite au niveau des juges et des jurys… Voilà. Je souhaite et j’espère que la compétition se déroulera pour le mieux, pour la France et pour la boxe. Et je peux dire aujourd’hui que j’ai confiance. J’espère que je la place au bon endroit.

On parle de compétence des arbitres. Mais la question a souvent été celle de leur honnêteté et des intérêts supérieurs. Avez-vous l’assurance aujourd’hui que vos athlètes vont jouer des matchs équitables ?

Je répondrai comme tout à l’heure : il y a des choses qu’on maîtrise et là-dessus on essaie d’être le plus performant possible. Et il y a ce qu’on ne pourrait pas maîtriser. Ce que la Fédération internationale peut ne pas elle-même maîtriser, ce que le CIO peut ne lui-même pas maîtriser. Tout le monde travaille dans le même sens pour améliorer et redorer l’image de la boxe, faire en sorte que la compétition soit la plus belle possible.

AUTEUR: B.V.

SOURCE: http://www.20minutes.fr/